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16.10.2007
LE 24 OCTOBRE 2006,....

Le 24 octobre l’an dernier était un mardi, je m’en souviens comme si c’était hier. C’était une belle journée d’automne, avec un ciel d’un bleu limpide, et vraiment pas un nuage à l’horizon. Une journée calme comme la saison nous en propose souvent. J’étais au travail à Valence, dans la maison des Drapiers de la rue Pierre Lacroix, à deux pas de la Place St Jean et de sa halle couverte. Je ne pensais pas à Cliou, mais les reliefs du Vercors se détachaient au loin, et un peu plus à droite la montagne des Trois Becs. C’était vraiment une belle journée d’automne,…
Je me souviens d’avoir assisté tout l’après-midi à une réunion importante dans le cadre de mon travail, dans ce bâtiment blanc fait de carreaux de faïences, à quelques pas du centre ville. Je me souviens avoir éteint mon portable en entrant dans la salle, et je revois Joël Crémillieux, directeur général des services du Conseil général, dirigeant la séance. Lorsque je suis sorti en fin d’après-midi, la lumière du jour était moins violente et je pensais avoir suffisamment de temps pour sauter dans le train pour Loriol sur Drôme, sans attendre le dernier, toujours en retard.
Je me souviens de quelques images avec précision : le rond point de l’avenue de Romans et ses voitures qui tournaient, les néons verts et rouges de la Pizzeria d’en face, le passage piéton où l’on attend de traverser.
Je me souviens avoir fait en marchant le code de mon portable, sans erreur, et avoir attendu quelques secondes, qui ne paraissaient pas plus longues que les autres, en veillant à ne pas me faire écraser par les gens impatients…
Je me souviens avoir senti dans le creux de ma main des vibrations énormes et continues, comme des messages qui se télescopaient, comme pour dire que quelqu’un cherchait à me joindre en ce bel après-midi d’automne, quelqu’un qui aurait eu quelque chose de vraiment important à me dire, à me faire partager,…
En cette fin d’après-midi du mardi 24 octobre 2006, alors que j’étais au travail, Pascale n’était plus de ce monde depuis quelques heures déja, et le temps, pour elle, n’avait plus d’importance. Je ne le savais pas et vivais ma réunion sans me douter de rien. Manon et Antonin ne se doutaient de rien non plus quand, au Lycée de Montélimar, dans l’après-midi, on est venu les chercher dans leur cours pour les conduire dans le bureau du proviseur. Le corps meurtri de Pascale ne bougeait plus, avait été transporté ailleurs, et cette réalité qu’enfin je partageais avec ceux, à Cliou, qui savaient déjà, qui avaient été témoins de tout, cette réalité jamais plus ne serait différente,…
C’est mon ami, le docteur Roger Mathieu, qui m’a descendu au village en voiture et j’ai retrouvé tout le monde dans la cour de la Poterie, puis à La Fontaine, comme d’habitude dans les grands moments chez nous.
Le mardi 24 octobre 2006, Pascale est partie à jamais et notre vie a changé. Il y a eu la colère, la douleur, l’incompréhension, le deuil jamais fait, il y a eu le procès, les obsèques et la Marche,

il y a eu les articles, celui d’Alexandra et d’Emmanuel, si beau, si vrai, que nous pensions sans l’ombre d’un doute qu’il trouverait facilement sa place dans les colonnes de Libé, ce qui ne fut pas le cas, celui de Florian,
si mal interprété par nos élus, bien susceptibles en la circonstance, mais n’en disons pas plus, alors qu’il était la douleur d’un homme mûr, du plus proche voisin, du témoin qui
avait déjà beaucoup vu et souffert, les images, les rencontres et les réunions, les pétitions, les mots de Nicolas sur la porte, il y a eu des jours et des jours qui ont passé, apportant leur lot de joies, de peines, de retrouvailles… Il y a eu les moments partagés,… si nombreux.


Le 24 octobre 2006 revient aujourd’hui dans nos mémoires, de triste date. Ce matin, mon réveil a été accueilli par le soleil et les fenêtres encore ouvertes et par un coup de fusil dans la vallée, qui a déchiré le calme avant de résonner longtemps, longtemps dans un air sans vent et porteur de bruit. Depuis le mardi 24 octobre 2006, je n’entends plus les coups de fusil de la même façon… Depuis, nous avons repris goût à la Fête, depuis Les Aubergistes et L’Allandier ont ouvert,…
Depuis, Manon a réussi son bac avec un courage immense, a rejoint à Privas son école qui forme les éducatrices spécialisées, et Antonin est passé en première au Lycée Alain Borne de Montélimar,… Dire que pour tous les deux, pour tous les deux en particulier, l’année fut horrible au point de ne plus pouvoir passer devant leur maison, devant la maison de Pascale, n’est ni mentir, ni exagérer,… Pas la peine d’en rajouter à la peine,… Depuis nous avons connu l’été, les Fêtes de la Poterie, les cinquante ans de Frédé et les vingt ans d’Elsa où tous les amis qui étaient là et qui ont fait que cette fête, sous la tente, soit la réussite qu’elle espérait, entourée des siens, de ceux qui lui sont chers, ont eu, comme d’habitude, une pensée pour la maman que Pascale a été pour Manon, complice depuis la naissance, et qui n’était plus,…


Depuis, les réunions se sont espacées, puis ont disparu,…
Depuis, le blog n’a plus été alimenté d’articles ni de photos,… On dira que c’est le temps qui a manqué plus que le reste, mais est-ce bien la vérité ???
Depuis, la vie, comme dit l’autre, a repris tous ses droits. La chasse a recommencé aux premiers jours de septembre, les accidents font toujours quelques lignes dans les journaux, en pages intérieures, deux morts supplémentaires sont venus se rajouter depuis l’ouverture dans la région, c’étaient des chasseurs,…
Depuis, le Préfet de la Drôme est resté muet aux demandes des Associations pour imposer un jour de non chasse dans la Drôme. Nous avons compris petit à petit que Pascale était partie, mais que rien dans ce domaine ne changerait jamais, que le droit était toujours du côté des plus forts, que le combat était par trop inégal, que nos intérêts n’étaient pas les mêmes et que les nôtres, faits d’affection et de douleur, ne pesaient pas lourd dans la balance.
Depuis, nous avons compris que c’est bien les élus de Cliousclat et l’Association des Chasseurs qui avaient raison, eux qui ont toujours refusé de recevoir les représentants du Collectif. Pour leur dire quoi au fait, pour entendre quoi, eux-mêmes se posaient la question à partir du moment où l’on avait condamné une faute, une monstruosité d’un égoïste qui n’avait rien à faire ni à voir avec le comportement de la majorité. Qu’attendre de plus ???
Rien n’a changé dans ce beau paysage, rien n’a changé dans notre bonne République et force est de reconnaître que c’est eux qui avaient raison.
Un seul être nous manque et tout nous paraît vide. Mais ce vide, combien sommes-nous aujourd’hui à le partager, à le vivre au quotidien, à le ressentir, par rapport à la masse ???
Le chasseur qui a tué Pascale sortira bientôt de sa prison, peut-être est-il d’ailleurs déjà sorti, quelle importance au fond ??? Rien ne la ramènera parmi nous. De sa cellule il a écrit aux parents de Pascale, à Yves et à Francette. Eux aussi, dans leur coin, ont passé cette année dans la douleur insurmontable et dans une dignité qui force plus que le respect. Il n’est pas besoin de leur parler beaucoup pour comprendre. Il n’a pas promis la seule chose qui leur aurait apporté un peu de réconfort : qu’il avait compris que ses armes étaient des armes de mort, et que lui, au moins, il ne chasserait plus jamais,… C’est bien dommage. D’autres continueront à chasser, à se battre pour la chasse et nous l’avons plusieurs fois vu en cette année qui se termine. Lors des élections présidentielles, quel candidat aurait osé affronter cette puissante communauté ??? Dominique Voynet a eu je le crois un certain courage, mais pour quel pourcentage au final ??? Le combat, car combat il y a, est trop inégal pour être gagné, et chacun a repris sa route, son petit bonhomme de chemin,…

Surtout, ne blâmer personne, n’en vouloir à personne.
C’est la vie qui est ainsi, elle n’est pas tous les jours facile au quotidien,…
Avec Pascale, nous avions déjà parlé des municipales prochaines, envisagé notre candidature, pour qu’elle prenne en charge le secteur des travaux de la commune, avec un poste d’adjoint. Parce qu’elle en avait l’envie et les compétences, parce qu’elle avait des idées plein la tête, parce que son corps fatigué en avait assez de refaire les mêmes gestes, chantier après chantier,… Pendant un temps, l’envie de continuer pour elle, d’aller au bout avec une motivation autre, cette envie m’a poursuivie. Je la pensais sincère et utile, sans arrières pensées. Je ne l’ai plus aujourd’hui. L’été est passé par là, et avec lui son lot de petites tracasseries du quotidien, de jalousies, de mesquineries, qui font que les choses les plus simples deviennent plus compliquées,… C’est le lot des villages, de ceux qui vivent ensemble depuis des années, qui se connaissent trop, s’aiment et se détestent, s’aiment et se détestent, s’aiment et se détestent, et finissent par ne plus s’aimer… Le jeu n’en vaut plus la chandelle, et en ce qui me concerne, j’ai déjà donné. Je crois en la force du renouveau, aux copains plus jeunes, en leur motivation, en leur foi pour que les choses changent, j’en connais qu’il faut pousser, convaincre. En ce qui me concerne, je me sens trop fatigué et trop faible pour pouvoir affronter tout cela avec la sérénité nécessaire. Trop triste aussi d’avoir à construire tout cela sans sa présence,… Et certains soirs, l’envie me vient de vivre en appartement de ville, au quatrième étage d’un immeuble sans ascenseur, à regarder la vie d’un peu plus haut.

Nicolas est venu manger à la maison cette semaine et nous avons parlé du 24 octobre 2007, qui marquera le premier anniversaire du départ de Pascale. Ce sera un mercredi. Nous avons longuement parlé autour de la table et nous avons entendu son souhait de ne rien faire : pas de repas, de marche, ni de manifestation, rien d’autre que cet examen de conscience et de mémoire que chacun fera de son côté,…
Moi, j’avais envie d’écrire simplement cet article, de le publier encore une fois, peut-être la dernière sur le blog dont nous avons, il y a longtemps, tant espéré,…

Aujourd’hui que nous savons ce qui nous attend, c’est plus facile et plus difficile à la fois, selon l’humeur du moment,…
J’embrasse mes amis, les vrais,
Les autres, je les ………pour de bon, non rien en fait,… et pour l’éternité, qui appartient à Pascale,…

Jean-François Gontard

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Commentaires
Les mots de Jean-François, toujours sont beaux, toujours sont forts. J'ai souvent envie de les reprendre à mon compte.
Il écrit si bien que souvent nous nous sommes reposé sur lui.
Pas un jour moi non plus je n'ai oublié le 24 octobre 2006 qui était un mardi, qui est un mercredi en 2007, qui sera... en 200...
Je n'oubliera jamais ce 24 octobre là, alors que j'en oublierai bien d'autres. Malheureusement c'est celui de Pascale... qui nous manque.
Jean-François, tes mots me tirent les larmes et me serrent le coeur. Je pense à Pascale et à sa mort si A-normale. La chasse nous fait mal et effectivement le combat est trop inégal, mais je reste convaincu que c'est nous qui avons raison.
Je t'embrasse Jean-François,
Je t'embrasse Antonin,
Je t'embrasse Manon,
Je t'embrasse Nicolas,
Je pense à toi Pascale.
Claire-Lise
Ecrit par : Claire-lise Mundler | 24.10.2007
Le temps, jamais, n'enlève rien à la douleur, à la peine. L'absence est pire que l'attente car de la première l'on ne peut rien espérer, rien attendre justement.
Le 24 octobre 2006, Nicolas revenait du lieu du drame lorsque j'arrivais de Loriol. Il était peut-être 13h30. Jamais je n'oublierai ce moment, ce visage, ces mots qu'il n'arrivait pas à me dire... et l'horreur que je commençais à comprendre.
Pascale, une année sans pouvoir t'attendre. Et, chaque jour, des pensées pour toi.
Marielle
Ecrit par : Marielle | 24.10.2007
nous sommes le 24 octobre 2007
nous etions une nouvelle fois ensemble pour toi Pascale .J'ai eu du mal a rentrer dans l'atelier.manon tu es arrivee et avec ton sourire ;je me suis dis que tu etais pleine de courage et si belle ;Antonin solitaire je pense a toi.Comme chaque jour ta lumiere a ete à mes cotes car elle m'aide a te parler car le fil est la.
Pascale un an et c'est toujours ausssi difficile
merci Jean François pour tes mots
Frederica
Ecrit par : frederica | 24.10.2007
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